Sommeil (nom masculin, subst. masculin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Interruption momentanée de certaines fonctions de l'activité vitale qui se produit surtout la nuit et procure le repos. "Sommeil tranquille, doux, paisible. Sommeil inquiet, agité. Long . Sommeil léger. Dormir d'un profond . Troubler, interrompre le d'une personne. Cela porte au . Il n'a pas eu cette nuit un moment de . J'étais dans mon premier quand on est venu brusquement m'éveiller. On ne peut le tirer du . S'abandonner au . Sombrer dans le . S'arracher au ."
Par exagération, "Un de mort." Un très profond . On dit dans un sens analogue "Un de plomb."
Figurément et poétiquement, "S'arracher des bras du . Il passa des bras du dans ceux de la mort. Les pavots du ."
En termes de Médecine, "Maladie du ," Maladie infectieuse, qui est à l'état endémique dans l'Afrique occidentale, et qui est due à un micro-organisme transmis par la mouche "tsé-tsé."
SOMMEIL désigne encore une Grande envie, un grand besoin de dormir. "Accablé de . Il n'en peut plus de . Le me gagne. Avoir . Tomber de . Vaincre le . Cette lecture donne ."
SOMMEIL s'emploie figurément en parlant de la Mort. "Le de la mort. Le de la tombe. Il dort du éternel. Il s'endormit du du juste."
Il se dit encore de l'État d'inactivité, d'inertie où se trouvent certaines choses. "Le de la nature. Le de l'esprit. Le des sens."
En termes de Botanique, "Sommeil des plantes," État dans lequel les plantes ont leurs feuilles et leurs fleurs pliées ou fermées, ordinairement durant la nuit, et qui est dû à l'absence de la chaleur et de la lumière.
"Sommeil d'hiver," Engourdissement qui saisit certains animaux pendant l'hiver. "Sommeil d'été," Sorte d'engourdissement qui, dans les pays chauds, saisit d'autres animaux durant la saison sèche.
Fig., "Laisser une affaire en ," Ne pas s'en occuper pour le moment.



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Entier assoupissement des sens, ou, dans le langage physiologique, cessation momentanée de l'activité propre aux systèmes doués des propriétés de la vie animale.
ROTR.: « Je dérobe au , image de la mort, Ce que je puis du temps qu'elle laisse à mon sort »
LA FONT.: « Une nuit que chacun s'occupait au , Et mettait à profit l'absence du soleil »
PASC.: « Personne n'a d'assurance, hors la foi, s'il veille ou s'il dort, vu que durant le on croit veiller aussi fermement que nous faisons.... de sorte que, la moitié de la vie se passant en .... qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ? »
SÉV.: « Si j'avais envie de faire un doux , je n'aurais qu'à prendre des cartes ; rien ne m'endort plus sûrement »
BOSSUET: « Il y a en nous une partie languissante qui est toujours prête à s'endormir.... l'esprit veille et dispute contre le »
BOSSUET: « Le coucher dessus la dure, la psalmodie de la nuit et le travail de la journée attirent le à ce corps si tendre, léger qui n'appesantit pas l'esprit, et qui n'interrompt presque point ses actions »
BOSSUET: « Il ne connaissait plus le , et la froide main de la mort pouvait seule lui clore les yeux »
BOSSUET: « On sait que le lendemain, à l'heure marquée, il fallut réveiller d'un profond cet autre Alexandre »
BOILEAU: « Le sur ses yeux commence à s'épancher »
BOILEAU: « Elle plaint le malheur de la nature humaine, Qui veut qu'en un où tout s'ensevelit Tant d'heures sans jouer se consument au lit »
RAC.: « Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au , Faut-il que vous veniez attendre son réveil ? »
RAC.: « Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux, Depuis que le n'est entré dans vos yeux »
VOLT.: « Le laboureur, qui a bien travaillé sans chagrin, et bien mangé sans excès, dort d'un plein et tranquille que les rêves ne troublent point »
BONNET: « L'état de l'âme dans le est quelque chose de très singulier et dont nous n'avons encore que des notions très imparfaites ; il doit paraître intéressant à un psychologue d'approfondir cet état »
A. DE MUSSET: « N'est-ce pas qu'il est pur le de l'enfance ? »
    Demi-sommeil, état où le n'est pas profond.
BOSSUET: « Les âmes fort avancées dans l'oraison passive ou de quiétude, dit le P. Falconi, éprouvent une chose fort surprenante, qui est qu'elles n'ont la nuit qu'un demi- ; et Dieu opère plus, ce semble, en elles durant la nuit et dans le que pendant le jour »
    Par exagération. Un de mort, un très profond .
VOLT.: « Sommeil ! de mort ! favorise ma rage ! »
    Dans le style poétique ou oratoire. Les pavots du .
FÉN.: « Le jeune Télémaque, prévenant par ses soins la vigilance des plus vieux capitaines, s'arracha d'entre les bras du doux »
    Dans la mythologie, dieu qui était fils de la Nuit et frère de la Mort.
PONSARD: « Suave est le qui succède à l'effort ; Mais ce fils de la nuit est frère de la mort »

 2   Grande envie de dormir. Avoir . Tomber de .
LA FONT.: « J'ai toujours cru et je le crois encore, que le est une chose invincible »
BOILEAU: « Pour moi, fermant ma porte et cédant au »

 3   Terme de médecine. Maladie du , état nerveux particulier dans lequel le patient a une propension invincible pour le , qui se prolonge par accès jusqu'à cinq ou six jours et même beaucoup au delà, sans altération de la santé.

 4   Fig. En parlant de la mort. Il s'endormit du des justes.
SACI: « Sisara, ayant été tué de cette sorte, passa du naturel à celui de la mort »
BOSSUET: « Dormez votre , riches de la terre, et demeurez dans votre poussière »
BOURDAL.: « L'état de ceux qui meurent, ou plutôt qui dorment du de la mort »
BOURDAL.: « Les corps de plusieurs saints ensevelis dans le de la mort ressuscitèrent »
FLÉCH.: « L'apôtre nous avertit de ne pas pleurer ceux qui dorment dans le de paix »
DUCIS: « Hélas ! il m'a parlé de calme, de repos, D'un long de paix qui finit tous nos maux »

 5   Fig. État d'inactivité, d'inertie. L'enfance est un .
RAC.: « Dans un lâche crois-tu qu'enseveli, Achille aura pour elle impunément pâli ? »
RAC.: « Et quels coeurs si plongés dans un lâche .... Ne s'empresseront pas à suivre notre exemple ? »
BUFF.: « Le triste hiver, saison de mort, est le temps du , ou plutôt de la torpeur de la nature »
MIRABEAU: « Le repos de l'Europe fut court ; les passions des princes ne connaissent qu'un léger »
LEGOUVÉ: « ... L'âme, vierge encor dans le des sens, Des folles passions ignore les tourments »
STAËL: « L'indolence peut mettre quelques intervalles de ou d'oubli dans la vie ; mais elle n'use ni ne flétrit le coeur »

 6   Fig. Interruption comparée à un moment de .
SÉV.: « C'est ce qui se fait [trouver de l'argent casuel] en mangeant ici une partie de ce que me doit mon fils, et en réservant tout mon revenu pour le payement de mes dettes ; ce m'était d'autant plus nécessaire.... »
    Repos.
SÉV.: « Nous tâcherons de vous laisser respirer à Grignan jusqu'au mois d'octobre ; c'est pour ne pas interrompre ce que je n'ai point voulu que vous vinssiez à Vichy »

 7   Sommeil d'hiver, engourdissement particulier qui saisit certains animaux, lorsque la température s'abaisse ; il dure des mois entiers.
    Sommeil d'été, phénomène qui s'observe chez quelques animaux. Les amphibies, durant la saison sèche, se couchent et tombent dans un état analogue au de l'hiver, d'où ils sortent à l'apparition de la saison pluvieuse.

 8   Sommeil des plantes, position particulière que certains organes des plantes, les feuilles principalement, prennent chaque jour, à l'approche de la nuit, et qu'elles conservent tant que dure l'obscurité.
DE CANDOLLE: « L'influence de la lumière sur le des feuilles et des fleurs »

HISTORIQUE
    XVIème siècle
AMYOT: « Elle rougissoit de honte de s'estre laissé vaincre au »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, someie ; provenç. sonelh ; du diminutif fictif somniculus, de somnus (voy. SOMME 3).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
    SOMMEIL. - HIST. Ajoutez : XIIème siècle
WACE: « Bernart fu à Roem, n'out, je crei, grant someil »
    XIIIème siècle
     Foulque de Candie, p. 108, Reims, 1860: Onques les trois puceles n'orent la nuit
    XIVème siècle
ESCALLIER: « Insomnis, sans sommel »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Il signifie la même chose que Somme, mais il a des usages différents: par exemple on ne dirait pas, "Faire un ," comme on dit, "Faire un somme. Profond . Dormir d'un profond . Sommeil tranquille, doux, paisible, inquiet, agité, interrompu. Long . Léger . Troubler, rompre, interrompre le d'une personne. Être enseveli dans le . Goûter les douceurs du . Cela porte au , excite le . Il n'a pas eu cette nuit un moment de . Le premier . J'étais dans mon premier , quand on est venu brusquement m'éveiller. On ne peut le tirer du ."
Il s'emploie dans plusieurs phrases du style poétique ou oratoire, où le est personnifié. "S'arracher des bras du . Il passa des bras du dans ceux de la mort. Le est le frère de la mort. Les pavots du ."
Il s'emploie quelquefois, figurément, en parlant De la mort. "Le de la mort. Le de la tombe. Le éternel. Il dort du éternel, d'un éternel."
Il se dit aussi, figurément, de L'état d'inactivité, d'inertie où se trouvent certaines choses. "Le de la nature. Le de la raison. Le des sens."
En Botan., "Sommeil des plantes," État dans lequel les plantes ont leurs feuilles et leurs fleurs pliées ou fermées, et que l'on attribue à l'absence de la chaleur et de la lumière, parce que ce phénomène a lieu ordinairement durant la nuit.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Une grande envie, un grand besoin de dormir. "Accablé, abattu de . Il n'en peut plus de . Le me gagne. Avoir . Tomber de . Vaincre le ."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Il signifie la même chose que Somme; mais il a des usages différens: par exemple, on ne diroit pas, "Faire un ," comme on dit, "Faire un somme. Profond . Sommeil tranquille, doux, paisible, inquiet, fâcheux, interrompu. Long . Troubler, rompre, interrompre le d'une personne. Être enseveli dans le ".
On dit figurément, que "Le est le frère, est l'image de la mort".
On dit figurément et poétiquement, "Les pavots du ".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Sommeil, signifie aussi, Une grande envie de dormir. "Accablé, abattu de sommeil. Il n'en peut plus de . Avoir ".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Il signifie la même chose que Somme; mais il a des usages différens: par exemple, on ne diroit pas, "Faire un ," comme on dit, "Faire un somme. Profond . Sommeil tranquille, doux, paisible, inquiet, fâcheux, interrompu. Long . Troubler, rompre, interrompre le d'une personne. Être enseveli dans le ."
On dit figurément, que "Le est le frère, est l'image de la mort."
On dit figurément & poëtiquement, "Les pavots du ."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



signifie aussi, Une grande envie de dormir. "Accablé, abattu de . Il n'en peut plus de ."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou SOMEIL, s. m. SOMEILLER, v. n. ["So-mèil", "somé-glié": 2e "è" moy. au 1er, "é" fer. au 2d, dont la 3e "é" aussi fer. mouillez l'"l" finale du 1er, et la double "l" du 2d. Dans le verbe, le 1er "e" se change en "è" moy. devant l'"e" muet: il "someille", "someillera"; prononc. "somè-glie", "glie-ra", etc.] "Someil" est le repôs de l'animal, causé par l'assoupissement de tous les sens. 'Profond, long "someil", tranquile, doux, paisible, ou inquiet, fâcheux, interrompu. 'Être enseveli dans "le someil". 'Ne troublez pas "son someil".
   Les ombres, par trois fois ont obscurci les cieux,
   Depuis que "le " n'est entré dans vos yeux.
       "Phèdre".

- "Le someil" est l'image de la mort
  La mort et "le ", si semblable à la mort.
       "Le Franc".
= Il signifie aussi, envie de dormir: être acablé, abatu "de someil". 'N'en pouvoir plus "de someil".
- Quelques uns disent, "avoir ;" mais cette dernière locution est au moins douteûse: je la croirais presque un gasconisme. Voy. SOMME. "Rem." 1°.
   SOMEILLER, c'est dormir d'un someil léger, imparfait. 'Je ne dormais pas, je ne faisais que "someiller". = "Figurément", Travailler négligemment. 'Quel est l' Auteur, qui ne "someille" quelquefois? Cette expression est tirée d'HORACE: "Quand?que bonus dormitat Homerus".
   Les échos, s'il en est, dans ce triste séjour,
   D'aucun bruit n'y frapent l'oreille;
   Et leur troupe oisive "someille"
   Dans les cavernes d'alentour.
       "Le Franc".
= M. "Roucher" fait "someiller" le soufre:
  ....Aux couches caverneuses,
  Où "sommeille" le souffre.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. masculin 


Il signifie la mesme chose que "Somme," mais il a beaucoup plus d'usage & d'estenduë. "Profond . tranquille, doux, paisible. inquiet, fascheux, interrompu. long . troubler, rompre, interrompre le d'une personne. estre enseveli dans le ".
On dit figurement, que "Le est le frere de la mort:" Et on dit fig. & poëtiquement, "Les pavots du ".
"Sommeil," signifie aussi, Une grande envie de dormir. "Accablé, abbatu de . il n'en peut plus de ".




Emplacement dans le dictionnaire :

sombrer
sombrero
sommager
sommail
sommaire
sommairement
sommation
sommé
somme

sommeiller
sommelerie
sommelier
sommer
sommet
sommier
sommité
somnambule
somnambulisme
somnifere
somnifère




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...par enchantement... une heure après, l'ombre de la vieille reine apparut encore dans l'embrasure de la porte. - la lampe s'éteignait, et l'homme venait de s'endormir... j'en fis autant bientôt, d'un sommeil léger toutefois, et quand, au petit jour, je me levai pour partir, je vis qu'il n'avait point changé de place ; sa tête seule s'était affaissée, et reposait sur la table... je fis ma toilette au...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...ans, elle le disait dans sa langue maorie, avec des expressions sauvages et des images étranges. 2e PARTIE, XLV Les premières lueurs indécises des jours vinrent m'éveiller après quelques moments de sommeil. Dans cette confusion, dans cette angoisse inexpliquée, qui est particulière au réveil, je retrouvai mêlées ces idées : le départ, quitter l'île délicieuse, abandonner pour toujours ma case sous les...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...Pendant tout leur quart, ils l'avaient vue là-haut, suspendue toute seule, toute ronde, au milieu de l'immense vide bleuâtre ; même ils avaient été obligés de se cacher le front (pendant leur sommeil, le ventre en l'air à la belle étoile) à cause des maladies et maléfices qu'elle jette sur les yeux des matelots, lorsque ceux-ci s'endorment sous son regard. Ils étaient là quelques-uns qui...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...lente et paresseuse, elle avait des mouvements de quelqu'un qui s'endort. Dans la grande chaleur humide, que les nuits mêmes ne diminuaient plus, les choses, comme les hommes, se sentaient prises de sommeil. Peu à peu il se faisait dans l'air des tranquillités étranges. Et maintenant des nuées lourdes, obscures, se traînaient sur la mer chaude comme de grands rideaux noirs. L'équateur était tout près....


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...pas malades, eux qui étaient de vrais matelots ; ils avaient encore la poitrine dilatée par tout ce vent de la hune, et la fatigue saine qu'ils venaient d'endurer allait leur donner un peu de bon sommeil. Ils marchaient sur les boucles, sur les taquets, sur les bouts des affûts, avec précaution, pour éviter l'eau boueuse et les ordures, -posant leurs pieds nus sur toutes les saillies, se perchant...


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